Le domaine du Bois Debout - page 01

Jean César Paul Dormoy, appelé en général Paul, comme son père, se maria en 1863 avec Annette Le Dentu.  Il a alors 23 ans.  Le jeune ménage s'installe d'abord à Basse-Terre.  Il devient un industriel important à Pointe-à-Pitre (sans doute dans la production de sucre), ensuite s'installe à "La Joséphine" qui était propriété du père d'Annette.  Mais Paul Dormoy décide d'acheter avec son épouse la propriété du Bois Debout en 1870, donc à l'âge de 31 ans.  Elle appartenait auparavant à la famille Poyen et ses descendants, les Castaing.

 

La maison actuelle a commencé à être bâtie vers 1850, donc avant l'arrivée de Paul et ses quatre premiers enfants, après la destruction de la précédente par le tremblement de terre de 1843.   Cinq autres enfants sont nés et Annette et Paul ajoutent à la maison un étage à l'aile droite, dite "aile des célibataires".  L'aile gauche est beaucoup plus récente.

Le Bois Debout est situé dans la commune de Capesterre. Pas très loin des chutes du Carbet.  En montant la route des chutes du Carbet et du Grand Etang, on peut apercevoir la bananeraie du Bois Debout sur la droite.

La culture de la banane, qui a débuté petitement vers 1925, est maintenant omniprésente.

 

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Les débuts de son existence ont été consacrées à l'exploitation de la canne à sucre.   Il fut nécessaire pour les planteurs d'acquérir les nombreuses petites propriétés qui occupaient cette zone en 1671.  L'essor sucrière en Guadeloupe nécessitait de grands domaines fertiles.  Mais au début du XXème siècle, la production de sucre diminue fortement en raison de la crise sucrière.  Par contre, le café compense en partie les difficultés.  La distillation du rhum prend de plus en plus d'importance pour ne cesser que vers 1965.
Ni Paul Dormoy ni Annette Le Dentu n'appartenaient à  des familles "terriennes".  Mais ils consacrèrent beaucoup d'efforts à réaménager cette propriété.  On suppose que c'est Paul qui fit installer la cheminée destinée à des générateurs de vapeur.  Ce sont pour l'époque des appareils modernes de cuisson de jus de canne par la vapeur, au lieu de chauffage par foyers à bagassse traditionnels.

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La roue hydraulique actuelle, en tôle rivetée, date du 20ème siècle, mais elle a succédé à d'autres roues plus anciennes en bois, approximativement de même dimension.  Tout près, le bâtiment du moulin semble extrêmement ancien.  Ses dimensions n'ont pas changé au cours du temps; les murs n'ont pas de reprises visibles.

Les cheminées sont datées respectivement de 1882 et de 1887.  La première, à chainages de petites briques rouges, est associée à une autre, de 1887, à chainages d'angle en pierres de taille.  L'une comme l'autre sont d'un style et d'une dimension qui authentifie l'âge de la vapeur.  Celle de 1887 a fumé jusqu'aux années 1960, quand "Bois Debout" était une distillerie.   Le générateur de vapeur correspondant servait à la distillation et à l'entrainement des pompes à liquides.  Quant à la première, qui a cessé depuis longtemps de fumer, on est obligé de l'associer à un équipage à sucre à vapeur.   Il pourrait s'être agi de caisses de cuisson de cette époque, ou de chaudières à sucre chauffées à la vapeur.

Eparse dans la propriété, on rencontre plusieurs chaudières à sucre, grands récipients en fer destinés à chauffer le vesou, jusqu'au sirop de sucre.  En 1846, on cite un équipage avec chaudières en "fer battu", ce qui désigne des chaudières en tôle, rareté à cette époque, la tôle était optenue en tapant des blocs de fer jusqu'à les transformer en feuillage de petites dimensions.  Ensuite, elles étaient galbées, découpées et enfin rivetées.   L'une de ces chaudières se trouve sur la pelouse devant la maison.

D'autres chaudières se rencontrent ici et là; tantôt en potin, fonte grossière épaisse et de médiocre qualité, tantôt en fonte fine, plus caractéristiques de la deuxième moitié du XIXème siècle.

 

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Bois Debout-14.jpg (13389 bytes) La maison actuelle est constituée, initialement, d'un corps de maçonnerie à deux niveaux, relativement étroite et s'étendant en profondeur.   Une pièce en bois (galerie couverte) la prolongeant à l'avant, a été transformée en salon, précédée à son tour d'une galerie étroite. Cette maison n'auccupe pas exactement l'emplacement de la maison ancienne.  La précédente se trouvait un peu plus au sud-est.  Elle était centrée sur l'allée d'entrée et sur le petit portail conduisant au jardin, lui-même aligné avec le petit canal d'ornement.   Une terrasse, en grande partie dallée la précédait et une autre terrasse s'étendait à l'arrière, avant le jardin.
Le canal apportait la vie à l'habitation à la fois eau pour vivre, et eau énergie pour permettre le travail de la manufacture.   Ce canal prend naissance dans la rivière du Grand Carbet et traverse sur 3,5 kilomètres les habitations Bois Debout et Les Mineurs.  D'une importance vitale, il est régulièrement entretenu durant les trois cent ans de son utilisation.

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Des accords existaient entre les deux propriétés du Bois Debout et Les Mineurs pour son usage et son entretien.  A 500 m avant les bâtiments, le canal est régularisé par une petite retenue d'eau.  Un peu plus bas, apparaissent deux branches, l'une destinée au jardin d'agrément puis aux usages domestiques.  La branche principale passe sur une courte masse à canal.
Bois Debout-11.jpg (45113 bytes) Puis une gouttière s'appuie sur 6 forts piliers en maçonnerie avant de faire tourner la grande roue à eau.

Mais quand Jean Poyen et son épouse créent la sucrerie Bois-Debout, peu après leur mariage en 1713 (donc bien avant l'achat du domaine par Paul Dormoy), le canal existait déjà pour les besoins de la sucrerie du père.

L'ensemble du canal a constamment été restauré au cours des siècles.   Toutefois, l'un des piliers, à la maçonnerie plus soignée, comportant des chaînages d'angle en pierre de taille et des lits de pierres saillantes, se distingue sensiblement de ses voisins et date peut-être des débuts de l'habitation.

 

La photo suivante a été fournie gracieusement par Claudio Sommaruga en mars 2005

 

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