Le jardin botanique de Papa Charles (Le Dentu) à La Joséphine |
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| Cette histoire provient des notes écrites par Renée Dormoy, fille de Jean César Paul qui a épousé Amédée LEGER. Elle relate de sa vie à l'habitation La Joséphine. | |
| Mon grand père, appelé par nous Papa Charles,
s'occupait lui aussi beaucoup de nous, mais différemment que ma grand'mère. Il
tirait parti de tout pour nous instruire en nous amusant. Lorsqu'il circulait sur la
propriété, c'est à qui voulait l'accompagner et lui porter les instruments dont il se
servait pour tracer et niveler les jolis chemins dont il a doué la Joséphine. Il
nous expliquait tout et nous l'aidions de notre mieux de même dans son jardinage.
Ayant la passion des arbres et des fleurs, il avait crée un vrai jardin botanique que les
touristes ne manquaient pas de visiter. Il était continuellement en rapport avec un
horticulteur hollandais qui lui expédiait les arbutes et les fleurs les plus rares que
nous l'aidions à mettre en terre et chacun de nous avait son arbre planté par lui.
Le mien était un splendide "Tuya orea"dont je suivais l'épanouissement avec un
intérêt particulier. De tous les enfants, j'étais celle qui avait le plus de
goût pour l'horticulture, aussi mon grand père s'amusait-il à m'apprendre le nom
scientifique de tous les arbres et les fleurs de son beau jardin à étages, et lorsqu'un
visiteur admirait l'un d'eux il m'appelait pour en dire le nom, ce qui était amusant dans
la bouche d'une si petite fille et qui ne se trompait jamais. A table, Papa Charles exigeait de nous une tenue parfaite et nous n'avions la permission de parler qu'au dessert. Lorsqu'il entendait la voix de l'un de nous, c'était toujours en Italien qu'il nous reprenait afin de mánager notre amour propre devant les étrangers ou les membres de la famille qui ne comprenait pas cette langue. "Mangiare et none parlar" nous disait-il (j'ignore l'orthographe) ou encore "Mirare et none toccar". Et lorsque nous redemandions plusieurs fois d'un plat qui nous plaisait, d'un mot il nous rappelait à la raison "Sollucet" ce qui voulait dire "Le soleil luit pour tout le monde; songez aux autres et même aux domestiques". Là, notre orgueil était sauvegardé car c'était un petit secret entre lui et nous et personne ne comprenait ce "Sollucet" qu'il prononçait vivement en nous regardant. Dès que le diner était terminé il allait s'étendre sur un canapé du petit salon et nous attendions impatiemment que fut achevée la demi-heure de repos qu'il s'accordait et après laquelle il était tout à nous, nous faisant les plus jolies lectures et les plus instructives qu'il nous expliquait et sur lesquelles il nous interrogeait. Quand nous avions été tous bien sages il nous faisait une intéressante séance d'Imaginaire", de fantasmagorie ou de lanterne magique ou encore nous enseignait toutes sortes de jeux. Ma grand'mère avait les siens bien amusants aussi. Dans sa belle et grande armoire empire, je vois encore la petite boite qui contenait une grande langue rouge et une autre toute noire, faites toutes deux en cotonade. Lorsque l'un de nous avait menti, ce qui était fort rare, la langue rouge lui était attachée à la bouche et il devait la garder ainsi plus ou moins longtemps suivant l'importance du mensonge. C'était une bien grande humiliation et le condamné se croyait presque déshonoré. Quant à la langue noire, elle était destinée à celui qui disait du mal d'un autre ou révélait quelque faute commise. ma grand-mère était des plus sévères pour les "rapporteurs". Ces principes qu'elle nous a inculqués avec tant de soin ont porté leurs fruits et ont fait de nous des caractères francs, loyaux et discrets. |