L'escalade de la Soufrière |
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| Cette histoire provient des notes écrites par Renée Dormoy, fille de Jean César Paul qui a épousé Amédée LEGER. Elle relate de sa vie à l'habitation La Joséphine. | |
| La Joséphine était située au pied de notre
beau volcan La Soufrière et la belle vie toujours si variée qu'il nous offrait était un
des charmes de cette délicieuse propriété de mes grands parents. Nous
étions toutefois incommodés certains jours par l'odeur de soufre qui provenait du lac
bouillonnant et plusieurs fois j'ai vu surgir de vagues nuages de cendre. C'était
une excursion bien belle et bien curieuse à faire que celle de la Soufrière. Lorsque par un temps radieux on l'apercevait pure et non voilée l'on décidait d'en faire l'ascension. Immédiatement tout était mis en branle pour l'organisation de la partie. On allait à la recherche d'un guide et des porteurs de provisions, celles-ci étaient alors réquisitionnées, les garde-manger et les armoires vidées. On s'invitait on se groupait, on se mettait en costume de circonstance et vers 4 heures de l'après-midi toute une caravane se mettait en marche vers les Bains Jaunes situés au pied du volcan. Les moins entrainés à la marche disposaient des chevaux et mulets sellés. Quelle gaité et quel entrain ! Vers 7 heures on arrivait aux Bains Jaunes où l'on prenait possession d'une sorte de construction très rustique appelée tout simplement "case" où l'on s'installait pour diner, éclairés par les fanaux. Puis l'on étalait des couvertures par terre et sur les lits de camp en bois pour essayer de sommeiller et prendre un peu de repos avant d'entreprendre l'ascension. Il suffisait d'atteindre le sommet pour assister au lever du soleil, spectacle féérique par le beau temps. Mais au lieu de dormir c'était de tous cotés des rires, des plaisanteries et des taquineries. A 2 heures du matin le principal guide donnait le signal du départ et après 1/2 heure de marche dans la savane à mulets, on commençait à gravir le cöne au milieu de mille difficultés exténuantes. Moi, un peu fatiguée lorsque j'ai tenté cette excursion, je m'étais munie d'un énorme nègre, fort comme un hercule, trouvant plus simple et moins fatigant de me faire porter par lui dans les endroits les plus difficiles. J'avais alors 25 ans et n'étais pas maigre. C'était un brave homme assez dévoué à la famille. Vers 6 heures on atteignait le plateau situé entre les 2 pitons. Rien de plus beau que l'immense nappe de mousse et de fleurettes multicolores qui couvrent le sommet de la montagne. Toutes les teintes y sont et avec les gouttelettes de la rosée matinale qui scintillent aux premiers rayons du soleil c'est admirable. A cette heure il fait toujours un petit froid aigre que l'on ressent d'autant plus que l'on n'est pas vêtu en conséquence et qu'on a transpiré durant l'ascension. Pour se réchauffer le café est sorti des paniers et posé par terre du coté des petites fumeroles. En peu de temps il bout et l'on peut s'en délecter. Après un moment der epos on effectue en détail la visite du volcan si magnifique et curieux à voir. Lac de soufre bouillonnant, Porte d'Enfer, Pont du Diable (légère passerelle naturelle sur un goufre impressionnant et sur laquelle on ne peut passer qu'à plat ventre). Tout est intéressant à voir et où l'enthousiasme n'a plus de borne c'est lorsque le soleil se montrant tout à fait éclaire les contours de l'île que l'on domine entièrement de 1200 mètres et qui se détachent sur une mer idéalement bleue. Vers 10 heures il commence à faire si chaud qu'il faut penser à la descente. De grands chapeaux qui préservent du soleil, très vif alors, sont surchargés de mousse et de fleurs. En peu de temps l'on est rendu aux bains Jaunes où, pour se délasser, l'on se jette dans la piscine chaude et où l'on s'oublie parfois. Vers 5 heures on est de retour à la maison, ayant déjeuné en route de toutes les victuailles que renfermaient encore les nombreux paniers. |
La photo suivante a été fournie gracieusement par Claudio Sommaruga en mars 2005
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