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L'immigration des Indiens

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Cette histoire provient des notes écrites par Renée Dormoy, fille de Jean César Paul qui a épousé Amédée LEGER.  Elle relate de sa vie à l'habitation Le Bois Debout.

Je crois me souvenir que c'était en 1892 que l'Angleterre autorisa aux Antilles françaises l'immigraion des Indiens.  C'était le bas peuple de Calcutta et de Pondichéry qui nous était envoyé, fuyant leur misère et la famine.  Ils étaient de race fine et parmi eux il y en avait beaucoup d'un joli type.  Chaque convoi était, il me semble, de 700 à 800 Indiens embarqués sur un grand navire à voiles qui mettait plusieurs mois à faire le trajet.  A leur arrivée à Pointe-à-Pitre ils étaient débarqués à Fouyol à peu de distance de la ville, dans une sorte d'immenses hangars où ils étaient parqués comme des animaux se couchant pêle mêle par terre sur des couvertures.  On en faisait des lots de 10 que l'on répartissait entre tous les "habitants" (c'est ainsi que depuis le début de la colonisation étaient appelés les colons et ce nom leur est toujours resté).

Les propriétaires de toutes les habitations de l'île venaient choisir chacun son lot selon ses besoins et son goût.  Il fallait parfois tirer au sort.  Les enfants étaient donnés par dessus le marché.  Chaque Indien était payé 1900 F à l'Inde (peut-être pour contribuer aux frais du voyage, je ne me souviens pas) et contractait un engagement de 5 ans.  Il appartenait à l'"habitant" comme un esclave mais sous la garde d'un syndic chargé de voir si de part et d'autre les engagements étaient bien tenus.

Je me souviens d'être allée une fois avec mon père à Fouyol pour choisir un lot et avoir insisté pour l'un deux qui comprenait 2 fort jolis adolescents dont ma mère fit de gentils domestiques.

Ils étaient tous vêtus de pagnes de couleurs vives et les femmes avec des bijoux énormes aux oreilles et aux narines, aux chevilles des bracelets ainsi qu'aux bras.   Une barge les transportait à Ste Marie où une grande charette les prenait pour les conduire au Bois Debout.  A peine arrivés sur la propriété on donnait à chaque homme un pantalon, une chemise, une casaque en laine, un coutelas, une faux et quelques ustensiles pour cuire leur riz et leur colombo.  Aux femmes une robe ample sans taille, qu'elles ajustaient avec une cordelière, une chemise et à tous des chapeaux de paille.  Ces malheureux souvent beaux dans leur costume indien changaient d'aspect en vêtissant leurs vêtement de travail et assez vite changés par le soleil et la fatigue les femmes surtout enlaidissaient, mais pas tous.

Tous volaient d'instinct et facilement incendiaient, mais les vols avec effraction, les meutres et assassinats n'existaient pas parmi eux vis-à-vis des blancs, aussi vivait-on tranquille en sécurité, portes ouvertes nuit et jour, sur toutes les propriétés.

 

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