L'immigration des Indiens |
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| Cette histoire provient des notes écrites par Renée Dormoy, fille de Jean César Paul qui a épousé Amédée LEGER. Elle relate de sa vie à l'habitation Le Bois Debout. | |
| En plus des Indiens, on essaya en Guadeloupe de
l'immigration Anamite. l'Anam trouva simple et commode de profiter de l'occasion
pour se débarrasser de bandits, de pirates encombrants et surtout de prisonniers
malfaiteurs qui leur coutaient des frais. Aussi, à peine furent-ils introduits à
la Guadeloupe que celle-ci fut terrorisée par eux, d'autant plus qu'elle n'avait qu'une
bien faible police pour la défendre. A peine installés sur les propriétés, tous ces bandits s'enfuirent dans les bois du Carbet où ils se cachaient et vivaient de vols et de rapines exécutés chaque nuit. Non seulement ils dévalisaient les poulailliers, les bergeries, les porcheries, les lapinières, les jardins potagers et les champs de "vivres" mais ils s'introduisaient dans les maisons de la façon suivante : par les persiennes toujours entrouvertes à cause de la chaleur ou par le trou des serrures ils insuffaient des vapeurs d'opium et lorsque tout le monde était bien lourdement endormi, ils pénétraient et sans hâte s'emparaient de tout ce qui leur plaisait. C'est ainsi qu'un matin à 9 heures mon père n'entendant pas sonner la sortie des travailleurs alla voir ce qui se passait et trouva son "économe" si fortement endormi que ce ne fut qu'à midi qu'il ouvrit enfin un oeil et tout ce qu'il possédait dans sa chambre, sauf les meubles, avait disparu. Deux jour après, ce fut le tour d'un autre employé qui lui, moins endormi, avait pû se réveiller au son de la cloche mais s'était trouvé dans l'impossibilité de sortir : tous ses vêtements et ses chaussures lui ayant été volés, il ne lui restait absolument plus que sa chemise de nuit. Le presbytère de Capesterre fut cambriolé, tous les calices, ciboires, ostensoirs disparus et même les saintes huiles avec lesquels ces brigands mangaient de la morue provenant d'une épicerie dévalisée. Aux ordres de l'un deux qui était leur chef, tous venus de partout s'étaient groupés dans les forêts du Carbet, les quelques gendarmes déjà en poste dans les bourgs de la région étaient absolument impuissant à les maitriser. Alors tous les "habitants" de la Capesterre décidèrent d'agir eux mêmes et une grande battue fut combinée par eux. Je me souviens fort bien de leur départ du Bois Debout tous à cheval à 6 heures du matin et suivis de leurs plus robustes et fidèles travailleurs nègres et indiens ceux-ci armés, non pas comme eux de révolvers et de fusils, mais de coutelas bien aiguisés. Ma mère n'était pas sans inquiétude sur cette expédition et la journée lui paru longue. Les bandits avaient pu être cernés et serrés de plus en plus près. Au moment où l'on croyait capturer le chef, celui-ci se précipita du haut d'une énorme falaise de plus de 100 mètres qui dominait le torrent. Il se laissa glisser rapidement s'accrochant aux solides et magnifiques lianes qui tapissaient la paroi et disparu dans l'eau. Sans perdre une minute un vaillant nègre se jeta après lui usant des mêmes moyens et au fond, sur la berge, une lutte terrible s'engagea entre les deux hommes de force égale. Un indien les rejoignant et aidant le nègre, l'Anamite fut enfin immobilisé puis ligoté avec des cordes jetées d'en haut et que l'on avait eu la précaution de porter. Plus loins au haut de la falaise, plusieurs autres bandits furent pris par nos hommes, ce qui décida tous les autres à se rendre, sauf quelques uns qui purent se sauver. A 5 heures du soir toute la caravane arrivait au Bois Debout avec plusieurs prisonniers, les autres ayant été conduits directement à la gendarmerie. Fortement ligotés ils s'étaient accroupis sous la galerie, roulant des yeux terribles, grinçant des dents et effrayants à voir. le chef avait aux mains des ongles comme des griffes d'une longueur démesurée, ce qui nous avait particulièrement impressionnés, nous les enfants qui avions hâte de les voir s'éloigner. Peu après, ils furent tous rapatriés et tout le pays bénit les Habitants de la Capesterre qui les en avaient débarrassés. |