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L'importance du sucre et du maniocre

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Cette histoire provient des notes écrites par Renée Dormoy, fille de Jean César Paul qui a épousé Amédée LEGER.  Elle relate de sa vie à l'habitation Le Bois Debout.

Le sucre jouait un grand rôle dans notre vie d'enfants.  Non seulement c'était une grande distraction pour nous de suivre sa fabrication depuis le moment où il passait au moulin jusqu'à ce que bien en grains il était mis dans d'énormes "boucants" transportés à la Pointe-à-Pitre pour être expédié en France, mais nous nous en régalions sous toutes ses formes.   Grimpés sur d'énormes piles de cannes, prêtes à être broyées au moulin, nous en sucions à pleine bouche jusqu'à avoir les coins des lèvres fendues.  Puis nous buvions le "vesou", jus à peine cuit.  C'était ensuite le sirop qui constituait souvent notre gouter avec une belle miche de pain que nous trempions dedans.

Au dessert paraissait sur la table de grands pots de 'colle" lesquels représentaient le sucre presque cuit, ce qui était une vraie friandise.  Dans l'immense chaudière où cette colle cuisait à gros bouillons, nous chargions les hommes qui y étaient employés d'y faire cristaliser pour nous des patates douces, des bananes, du pain, certains fruits, le tout exquis.

Quand cette colle était sufisamment cuite pour se cristaliser en refroidissant, elle était versée dans les boucants et nous intéressait beaucoup moins.

Lorsque, nous dérobant à la surveillance de nos bonnes, nous abusions de ces sucreries; nous attrapions des "guiguites volantes" et nous étions bien punis par la diète qui nous était imposée.

La fabrication de la farine de manioc, quoique bien moins importante, était aussi pleine d'attraits pour nous.  Dès le matin les nègresses, assises par terre devant de grosses piles de ces tubercules, les raclaient avec un couteau pour en enlever la peau (ce qu'elles appelaient "gratter manioc").  Chacun de nous possédant un petit couteau étions autorisés à les aider.

A la nuit, les hommes arrivaient et la case à farine s'éclairaientt de fanaux et s'emplissaientt de mouvements, de gaité et de tambours au son desquels le rapage du manioc s'opérait sur d'énormes rapes.  L'opération se poursuivait au milieu de chants, de danses qui donnaient de l'entrain aux travailleurs.  C'est ce qu'ils appelaient "grager manioc".  La pulpe au fur et à mesure était jetée dans de grands baquets d'eau où elle trempait jusqu'au lendemain matin.  On la séchait alors pour la passer au tamis et, chose étonnante, cette eau dans laquelle elle avait baigné était un poison violent alors que le manioc cuit constitue la base de la nourriture des nègres et figure sur la table de tous les blancs.  Les porcs sont très friands de cette eau qui les tue en deux heures comme des mouches; aussi faut-il bien les surveiller pour les empêcher de se diriger vers la case à farine.  Tous les jeunes porcs paissaient en liberté dans le village nègre.

En dernier lieu, la fécule appelée moussache était recueillie à part et la farine cuite sur d'énormes platines à l'aide de palettes qui l'agitaient sans cesse.  Et souvent pour nous faire plaisir, on nous faisait des "cassaves" délicieuses et de la farine moussache avant que la platine ne soit complètement refroidie.  Nous aimions beaucoup cette "farine moussache" dans le chocolat le matin.

 

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