![]() |
Les nègres et les chaussures |
|
| Cette histoire provient des notes écrites par Renée Dormoy, fille de Jean César Paul qui a épousé Amédée LEGER. Elle relate de sa vie à l'habitation Le Bois Debout. | |
| A cette époque de mon enfance, tout le rêve
d'un nègre était de posséder une paire de chaussures ce qui le relevait à ses propres
yeux en le rapprochant du blanc, aussi un certain nombre d'entre eux arrivaient-ils à
s'en acheter mais c'était pour eux un tel instrument de supplice que lorsqu'ils s'en
allaient le dimanche à la messe, ils faisaient la route nu-pieds portant leurs chaussures
(attachées ensemble au bout d'une canne) sur l'épaule et devant la porte de l'église on
les voyait tous se chaussant avant d'entrer et s'empressant de les enlever aussitôt la
cérémonie terminée. Mais peu à peu ils s'y habituèrent et un certain nombre d'entre eux arrivaient à marcher chaussés. Comme ils trouvaient que cet article coûtait cher et qu'ils redoutaient de les user, ils avaient inauguré un système ; ils n'usaient pas les deux à la fois mais tantôt l'une, tantôt l'autre ce qui faisait qu'on ne les voyait guère chaussés d'un pied seulement. Quant aux tout jeunes qui n'étaient pas bien riches et arrivaient difficilement à se payer une paire, ils s'associaient pour en acheter une pour deux. Chacun ne possédait donc qu'un soulier et le Dimanche du haut de la galerie du Bois Debout c'était un amusement pour nous de les voir passer se rendant au bourg et boitillant, tous n'étant chaussés que d'un pied. |